Il était une fois un Festival international des Arts (le KunstenFESTIVALdesArts ) et deux compagnies de théâtre (Dito Dito et transquinquennal) jouant dans les deux langues principales de leur petit pays, la Belgique. Tous trois travaillaient à Bruxelles. Tous trois refusent l’idée de frontières et font s’entrecroiser leurs sensibilités francophones et néerlandophones. Une question les taraudaient il y a quelques années : Pourquoi entend-on si peu les artistes et intellectuels des autres communautés à Bruxelles ? Alors naquit D’ici et de là-bas, pour écouter d’abord les histoires de ceux-là qui, nés ailleurs, se sont installés ici, en Europe et pour certains à Bruxelles. Dix témoignages séparés virent le jour en 1998 et 1999. Dix voyages individuels racontés par ces artistes et intellectuels et enregistrés en vidéo dans un seul salon. A l’écran, Marilyn Watelet et Simon Zaleski les ont mis en conversation dans un film, nommé Chico Salvak. Aujourd’hui, sur le net, leurs récits continuent à se répondre.

En 1998, cinq entretiens virent le jour, intimes, enflammés, critiques et nuancés. Les interviewés s’appelaient Leila Houari (écrivain, 1958, Casablanca / Bruxelles / Paris), Emerald Beryl (poète, 1964, Maroc / Amsterdam), Marjorie Boston (actrice, 1964, Surinam / Amsterdam), Malek Chebel (psychanalyste, 1953, Algérie / Paris), Mohamed El Baroudi (professeur de littérature, 1935, Casablanca / Bruxelles). En 1999 naquirent cinq autres témoignages : Shanglie Zhou (plasticienne, 1958, Shangai / Anvers), Pie Tshibanda (psychologue & auteur, 1951, Congo / Belgique), Ghalia Ben Ali (chanteuse, 1968, Tunis / Bruxelles), José Besprosvany (chorégraphe, 1959, Mexico City / Bruxelles), David Bovée (musicien anversois / nomade).

En 2000, Marilyn Watelet, cinéaste se saisit de ces récits pour les valoriser par l’image. Elle visionne les quelque vingt heures d’entretien réalisés en 1998 et 1999. Il lui tint à coeur, comme à nous, de prolonger ces parcours individuels, de leur donner une nouvelle vie, irriguée par sa sensibilité de femme d’images, de femme rétive aux généralisations abusives.

Marilyn Watelet (Bruxelles, 1948) travaille étroitement avec Simon Zaleski (Lodz / Pologne, 1952) depuis 1994. " Simon m’a toujours dit : ‘la possibilité de vivre commence dans le regard de l’autre’. Pendant des années, les regards qu’il percevait ici ne l’autorisaient pas à vivre. " Le cinéma est un regard, la caméra, un oeil : comment impressionner ce nerf optique qui mène au cerveau ? Courir au plus ‘évident’, au plus spectaculaire et au plus violent, comme le font éternellement les médias, ou prendre le temps d’écouter pour mieux regarder ? Le choix ne se pose même pas. Ensemble, Marilyn et Simon conçoivent et réalisent des documentaires, leur manière de débusquer ces stéréotypes qui cimentent les idées convenues. Ils filment le Cuba d’aujourd’hui au départ d’un grand magasin aux rayons vides où défilent les riverains : Fin de Siglo plante son objectif au coeur de leur quotidien incertain, écartelé entre communiste et illusions capitalistes. Ils suivent de jeunes Belges, fans de musique ‘Black Metal’ : ces émules redoutés de rock sataniste n’ont décidément rien de redoutable. Dépiauter les clichés : placer son regard sur les frontières, comme bientôt à la limite de la Pologne - " passoire de toutes les migrations " - et de l’Allemagne, " gardienne intraitable au seuil du monde riche ".

Dans Chico Salvak, Marilyn Watelet et Simon Zaleski donnent leur regard à ces entretiens D’ici et de là-bas : " Ces vécus nous touchent. Ils ont pour point commun d’être nés ailleurs mais chaque individu a sa propre intuition et sa propre expérience. Elle varie d’une génération à l’autre. Les interviews étaient individuelles : à l’écran, nous les mettons en conversations. J’ai la sensation que Bruxelles est une place privilégiée pour ‘être’, quel que soit l’endroit d’où l’on vient, explique Marilyn. Elle n’est pas asservie à la culture française, elle est proche de l’Allemagne et de l’Angleterre. Vivre en son centre, c’est se frotter tous les jours aux autres communautés. Cette ville me fait ‘fantasmer’ positivement. "
Le titre du film a surgi au détour d’une rue de Bruxelles. Dans la rue Antoine Dansaert, côté pas chic, il y a une boutique de téléphone par satellite comme il en jaillit tous les jours dans la ville. Les destinations des appels internationaux et les tarifs y correspondants étaient affichés sur sa vitrine. Tous les noms de pays y étaient reconnaissables – phonétiquement – mais leur orthographe singulièrement transformée. Le plus étrange de ces pays était " Chico Salvak ". " Je pensais d’abord à un pays d’Amérique latine mais après avoir répété plusieurs fois ce mot à mi-voix, je m’entendis découvrir " Tchéquoslovaquie ". C’était lumineux ! ".

Après la présentation du film en mai 2000 à l’Actors studio à Bruxelles, dans le cadre du KunstenFESTIVALdesArts, et en télévision à la RTBF, s’est posée la question de l’élargissement de la diffusion du film. L’idée est ainsi née d’en faire, grâce à un nouveau travail de montage, un site internet. C’est à la découverte de ce site que nous vous invitons. Bien entendu, le film est disponible dans sa version originale, en cassette vidéo ou bétacam.